Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /2009 20:05

Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques
Les heures - Michael Cunningham. Envoyé par Julie Lobry





Sujet intéressant. Oui, c’est intéressant. Récurrent en littérature, et pour cause, il s’agit tout de même du questionnement de l’être au regard de la vie et de la mort, de sa présence dans l’un ou l’autre de ces deux mondes qu’il renferme, l’Eros d’un côté – pulsion de vie – et le Thanatos de l’autre – pulsion de mort. C’est toujours intéressant. Ca m’a d’ailleurs rappelé ce passage de Lazare, lorsque Malraux écrit : « On a proclamé : l’homme, ce sont ses fantasmes, ses pulsions, ses désirs cachés. J’ai envie d’écrire : c’est ce qui se construit sur cette conscience véhémente d’exister, seulement d’exister ».

Mais Les heures ce n’est pas que ça, on y parle également de la place de la femme dans un monde d’influence masculine, ça aussi c’est intéressant.

Evoquons l’histoire pour plus de clarté : Trois destins croisés de femmes. Virginia Woolf et son Mrs Dalloway, fil conducteur, d’Ariane pourrait-on dire. Laura Brown qui lit ce livre vingt années après sa parution et qui pense alors à bouleverser le cours de sa vie, et puis Clarrissa Vaughn, une Mrs Dalloway au présent. Trois époques et trois vies qui vont se rejoindre ( je serai un salaud d’expliquer comment ).

 

Il est des livres qui nous passent dans les mains et dont, immanquablement, on ne peut dire qu’ils sont mauvais. Celui-ci en est un. Ce roman est très bien écrit, très bien construit, ça tombe au cordeau, impeccable ! Tellement bien qu’on se croit au milieu d’un cours de littérature d’année de maîtrise.

Mais quel roman liquide ! Tant qu’après trois pages je me suis mis à le lire au-dessus d’une bassine au cas où une fuite surviendrait. Rien que dans les trente premières pages on retrouve les mots : Rivière ( 8 fois ), Eau ( 12 fois ), sans compter les autres : flaque, pluie, rive, berge, vague, pont…

Pourquoi est-ce que j’insiste à ce point sur ce qui ne représente à priori que trente pages ? Parce que ça donne une très bonne indication du ton du roman. C’est dégoulinant.

Dégoulinant de bons sentiments. Même ce qui est sensé n’être pas « joli » est dégoulinant. Notre amie Virginia est victime de migraines, l’auteur tente de nous expliquer à quel point c’est douloureux et terrible, voici : « Parfois, la migraine ne s’empare d’elle que momentanément, pour un soir, ou un jour ou deux, puis se retire. Parfois, elle persiste et s’intensifie jusqu’à ce que Virginia s’écroule. Dans ces moments-là, la migraine sort de son crâne et pénètre le monde autour d’elle. Tout est flamme et pulsions. Tout est empoisonné d’une clarté aveuglante, lancinante, et elle appelle la nuit de ses vœux comme un voyageur perdu dans le désert implore le ciel pour trouver de l’eau ». Je n’ai jamais lu pareille description de la douleur, on a mal pour elle ! Elle semble souffrir Virginia. Gouzi-gouzi, je vais faire dans le style : Elle est devant l’évier, la main sectionnée, et observe son reflet dans la vitre tournée sur l’hiver, elle a mal et songe que le dîner n’est pas encore prêt et qu’avec une seule main il ne sera pas facile de rattraper le temps perdu…

( Oui, j’ai noté la dimension érotique de ce passage avec la migraine, pas besoin de crier : ah ah, il a même pas vu que…). Pas mal celle-ci non ? Pas vu que.

Passons.

Qu’elle est donc cette vision cul-cul la Praline de la femme ? Que croit-il l’auteur, que c’est de l’eau de rose qui coule dans les veines des femmes ?

Plus je lisais et plus j’imaginais ce Cunningham en bon copain des filles, le type qui leur dit « tu peux te confier à moi tu sais, je te comprends moi ! », la bonne épaule prête à recevoir les épanchements de ces êtres qu’il entrevoit fragiles et délicats.

M’apercevant que je passais complètement à côté du livre à cause de tout ce cortège de « très gentilles » images : « …une branche frappant doucement contre une fenêtre tandis que s’élevait le son des trompettes ; comme si l’arbre, agité par le vent, avait d’une certaine manière provoqué la musique » - comme c’est mignon - je l’ai refilé à Marie qui a eu exactement le même ressentiment, mais c’est normal, elle sait très bien qui est le patron à la maison, elle n’aurait pas pris le risque de contrarier le mâle, vous savez celui qui ne sait pas écouter les femmes, qui ne peut être leur ami…ah ce Cunningham !

 

C’est à n’en pas douter un très bon et beau roman, mais qui à mon sens, ne peut-être qu’adoré ou ( presque ) détesté. Car c’est un livre sensible, qui vibre de sentiments. On est happé ou non, touché ou non.

Vous restez dans la course Julie, c’est évident, car même si ce roman m’a hérissé le poil, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une œuvre littéraire de grande qualité. ( Ceci dit, à moins que vous ne me fassiez parvenir une caisse de bon whisky, la victoire sera difficile à décrocher ).

Reste l’adaptation cinématographique. Bonne dose d’hypersensibilité, comment pouvait-il en être autrement ?

Parce que mon jugement était faussé je me suis retourné sur quelques personnes de mon entourage pour leur demander leur avis. Presque sans surprise je me suis retrouvé confronté à deux sentiments opposés : Il y a ceux qui m’ont dit qu’il s’agissait d’une adaptation merdique, et ceux qui sont allés jusqu’à me dire que le film était meilleur que le livre. Le film comme le livre n’inspirent pas le compromis.

Bon roman qui a donné un film merdique, ou vice-versa…

 

Par Lucian Durden
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Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /2009 23:16


Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques
5ème livre reçu
American Psycho - Bret Easton Ellis. Envoyé par André Guinet


Richard L. Simon a pleuré dans les bras de son associé Lincoln Schuster. Ce n’est pas un passage du roman, c’est une réalité. Ces deux types avaient filé trois cent mille dollars d’avance à Ellis afin de lui permettre d’écrire en paix son « American Psycho », sauf que lors de la lecture du manuscrit ils ont pris peur et ont signifié à l’auteur qu’il pouvait garder l’argent et disparaître pour toujours. C’est Knopf qui le publia. Quatre cent mille exemplaires vendus dés la sortie, plus d’un million aujourd’hui…Depuis, chaque jeudi matin Simon et Schuster, en signe de contrition, s’obligent à lire du Musso traduit en américain par Anne Sinclair.

Mais peu importe, pardonnez mon goût pour l’anecdote, pour le détail « Dibble porte un costume croisé Canali Milano en laine subtilement rayé, une chemise de coton Bill Blass Signature. Il tient sur son bras un imperméable Missoni Uomo… », il faut dire que, comme le rappelait Balzac dans La recherche de l’Absolu, « La plupart des observateurs peuvent reconstruire les nations et les individus dans toute la vérité de leurs habitudes… ». Patrick Batman, le personnage principal de ce roman, et bien, il tue, c’est une habitude. On ne va pas lui en vouloir, qui n’en a pas ? Ah oui, je sais, c’est mal de tuer ; Mettre son doigt dans son nez ça l’est aussi André et je sais que vous le faites, je le sais, et puis je n’ai pas aimé la façon arrogante avec laquelle vous avez écrit « psychopathe » dans votre lettre. Faut faire gaffe, on ne sait jamais, qui vous dit que je suis parfaitement sain d’esprit ? J’arrête, je plaisante, c’était pour vous faire peur. N’empêche que la prochaine fois je songerai sérieusement à entrer par effraction dans votre nuit tandis que vos ronflement termineront de faire trembler la tapisserie de chez Castorama qui recouvre de bleu vos murs en placoplâtre. Je passe quelques détails, toujours est-il que j’entaillerai au bistouri votre peau jusqu’aux corpuscules de Pacini, voire même jusqu’à votre épiderme, ou peut-être que j’opterai pour l’enfoncement d’une aiguille dans votre conduit auditif jusqu’à votre nerf cochléaire, je ne sais encore…

Mais revenons à votre envoi. Ce roman.

La lecture en devient intéressante dés lors que l’on comprend qu’il s’agit d’une comédie. Il possède d’ailleurs quelques ingrédients qui font les bonnes comédie comme l’humour : « …dehors, sans plus prêter attention au clochard étendu sous une affiche pour les Misérables, avec à la main une pancarte sur laquelle est écrit J’AI PERDU MON EMPLOI J’AI FAIM JE SUIS SANS RESSOURCES AIDEZ-MOI SVP, et dont les yeux s’emplissent de larmes après que je lui ai fait le coup du dollar-qui-te-passe-sous-le-nez…», ( ah ah, c’est drôle ça, non ? ), et comme la faculté de dresser les portraits de nos images collectives. American Psycho c’est l’idée caricaturale que nous nous faisons des golden-boys ( moins en ce moment je dois dire ), de la vie à New-York, des cocaïnomanes, des blondes débiles, des psychopathes et de leurs crimes…il s’agit d’un roman sur la distanciation. Ellis décrit une tension compensatrice propre à laisser l’individu s’échapper de la superstructure dans laquelle il se débat ( en l’occurrence un groupe social, mais ça peut être la famille, une association, la société, le pays…). C’est la comédie et son rire compensatoire après qu’un type ait glissé sur une peau de banane alors qu’il courait bras ouverts en direction de sa dulcinée. American Psycho fait mourir de rire jaune.
Ellis met en scène l'imaginaire d'une époque qui a besoin de fiction. American Psycho nous montre comment, alors qu'elle prolifère au dehors ( télévision, cinéma...), la littérature se cherche au-dedans. Ce roman n'est pas sans rappeler le travail de Robbe-Grillet qui affirmait que, " Puisque la société nous impose toutes ces images, libre au créateur de les organiser comme bon lui semble ", et concernant la violence il disait " Ces images de viols, de supplices, de sang répandu, notre société les a dans la tête : ce que je fais, c'est les renvoyer, au grand jour, à leur platitude d'images de mode."

Parce que l’écriture est cinématographique certains ont pensé qu’ils pourraient en faire un film, et bêtement ils en sont restés à un traitement formel, à une association page-image. Ils auraient dû, pour que ce soit bon, faire du film une œuvre littéraire et non littérale. Pour le coup, ils ont cruellement manqué de distance. Adaptation merdique. Il y a des chances pour que vous gagniez André. Bon roman qui a donné un film merdique, trés bien, le thème André. ( Et non : Je t'aime André ). 

Par Lucian Durden
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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /2009 12:43

Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques

4ème livre reçu

La mécanique des femmes – Louis Calaferte. Envoyé par Mr Francis Foulon







« Il y a deux choses de toi que je ne connais pas encore, ton écriture et l’odeur de ton foutre ». Non, je ne m’adresse pas à vous Francis, d’ailleurs je connais votre écriture puisque vous avez joint une charmante lettre à votre livre, pour le reste, restons-en là si vous le voulez bien. Il s’agit d’un petit extrait de ce…qu’est-ce que c’est en réalité ? Un texte ? Appelons ça comme ça. Alors j’ai lu. Excusez-moi je baille.

« Je suis un petit chat. Un tout petit chat. Tu me mets dans la poche de ton pantalon pour que j’aie bien chaud. Vers les couilles, c’est toujours chaud. Je serai le petit chat de tes couilles. » Ah, ah, ah. Après trois pages de ce…texte j’ai posé prés de moi un minuteur afin qu’il sonne et me réveille toutes les dix minutes. Car ce bouquin est d’un ennui mon ami ! Oulala, la dernière fois que je me suis ennuyé comme ça c’était en regardant l’intégralité de la partie d’échec qui opposa Pilnik et Czerniak en 1953, cent quatre-vingt-onze coups, vingt heures ! Mais je m’éloigne du sujet. Donc, « Sois dur. Craque de désir. Les couilles remontées. Le gland à éclater ». Intéressant. Passionnant. Dring. C’est le minuteur. Le mauvais écrivain a cette particularité qu’il vous désintéresse de ce qui, d’ordinaire, vous intéresse beaucoup. Dieu sait si les petits chats dans les poches m’intéressent ! Mais là, rien, simplement l’envie d’être à demain et à un nouveau colis dans la boîte aux lettre. Si au moins il y avait eu, entre deux « bites » ou « couilles », une subtilité d’écriture, un jeu sur un vocatif par exemple, quelque chose comme : « Et qui pourrait encore me baiser, des bites fatiguée ? ».

Dring.

En revanche je ne vais pas y aller de ces commentaires appauvrissant et tout aussi ennuyeux que ce texte sur le manque de respect de Calaferte pour les femmes, on peut ne pas respecter la femme, tant que c’est bien écrit, tant qu’il y a de l’idée !

Heureusement que ce livre m’a endormi car sinon j’aurai pleuré. Oui. Lorsque je lis un bon roman sur la guerre, je deviens un peu soldat, lorsque je lis Burroughs je suis un peu camé, paumé, parce que le livre est une passerelle entre l’esprit de l’auteur et celui du lecteur. Heureusement que je me suis endormi, sinon je me serai vu vulgaire et sans esprit, et j’aurai pleuré. En parlant de ce qu’il pense être la mécanique des femmes Calaferte montre les limites des hommes. Dring.

Mais regardons ce film de Jérôme de Missolz, l’adaptation, la fameuse adaptation du texte, on ne sait jamais, mais je n’y crois guère…la jaquette mentionne « d’après l’ouvrage de Louis Calaferte ». « Ouvrage », même les gens du cinéma n’ont pas osé écrire livre ou roman ou œuvre, ils ont choisi un terme du bâtiment.

Quatre-vingt quatorze minutes viennent de s’écouler. Vous êtes mon préféré Francis, j’ai saisi la subtilité de votre démarche. Avec cette adaptation mauvaise à haïr le cinéma vous parvenez à faire passer le texte de Calafarte pour bon. Il y a une scène tout de même qui vaut le détour, vers la soixante quinzième minutes, lorsque notre héros est sur la plage et que le sosie de Iggy Pop version féminine sort d’on ne sait où pour venir lui dire ( façon Clavier dans les Visiteurs ) : « Je l’dirai aux chiens, y viendront t’la manger, ils me connaissent, ils m’obéissent. T’auras plus d’zézette et ils mangeront les boules avec, t’auras plus rien, comme une fille ». Edifiant.

Espérant gagner et recevoir des livres, vous avez écrit votre adresse sur la lettre, grave erreur. Je sais désormais où vous vivez Francis…

Par Lucian Durden
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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 11:32

Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques
3ème livre reçu
Sa Majesté des Mouches – William Golding. Envoyé par Julien.

  



Julien, je me suis surpris à déposer sur votre envoie l’empreinte de mes propres souvenirs, j’ai même fait, l’espace de quelques minutes, de votre lettre celle d’un ami cher, et puis j’ai compris que tout ça n’était rien d’autre qu’un phénomène bien connu, une chimie organique, un leurre de mon système limbique qui permettait à quelques vieilles émotions de voir la lumière du jour. Car Sa Majesté des Mouches, je l’ai lu alors que j’étais lycéen, en deux fois, deux nuits pour être précis ; c’est le problème des bons livres de chevet, ils empêchent de dormir.

Sa Majesté des Mouches est un roman pour la jeunesse déclarent certains, je suis d’accord, c’est un livre que l’on peut lire à n’importe quel moment d’une vie. La jeunesse n’est-elle pas une propriété de l’esprit ?

Pour nos amis qui n’auraient pas encore eu l’occasion de lire ce roman : Un avion transportant des enfants issus de la bourgeoisie anglaise s’écrase sur une île déserte, et tous les adultes, accompagnateurs et autres pilotes meurent dans l’accident. Les enfants, âgés entre six et douze ans, commencent par mettre en place un semblant d’organisation en reproduisant le schéma de leur bonne éducation. Sauf que très vite, et la force du roman se trouve là, l’envie de survivre va pousser chacun à laisser place à l’animal humain qui sommeillait jusqu’alors. Ainsi, tout ce qui sous-tend l’humanité, nos civilisations, nos sociétés, va se révéler avec force.

Ce livre est, en plus d’être une œuvre littéraire aboutie, j’en veux pour preuve ce genre de pépite « Debout, il se contorsionnait sous la lumière trop crue de l’attention générale et, du bout du pied, il creusait la terre couverte d’herbes drues. », une œuvre d’une rare richesse intellectuelle. Cette réflexion de Golding ne cessera d’être reprise, dans la littérature, mais aussi par des chercheurs, sociologues, anthropologues, psychologues et autres « logues », et met à mal la déclaration de Séville qui veut que « La violence n’est ni notre héritage évolutionniste ni présente dans nos gènes ». En réalité, et j’en resterai là pour que votre curiosité reste totale et suscite l’envie d’aller sur ce thème échafauder votre réflexion, je conclurai par ce mot du philosophe allemand Hegel, « La vraie tragédie ne se produit pas lorsque le bien combat le mal, mais lorsqu’un bien combat un autre bien ».

L’adaptation cinématographique…Julien, il en existe deux, et une un peu moins bonne que l’autre. Mais pour que vous perdiez, parce que nous sommes des salauds au MBC, nous allons considérer que vous parler du film de Peter Brook sorti en 1963. Absolument pas merdique ! Perdu.

 

 « Leur besoin de tuer enfin calmé, les garçons se relevèrent et Jack leur montra ses mains. »

Par Lucian Durden
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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /2009 21:13



Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques
2ème livre reçu

Mes amours, mes amis. Marc Lévy – Envoyé par Lap’titemousse.

 




Chère Lap’titemousse, vous permettez que, pour des raisons de simplicité je vous appelle Lap ?

Donc, chère Titemousse, il faut que je vous parle d’un certain nombre de choses. De la crise qui a secoué mon foyer à cause de vous, allez ! Commençons par ça oui !

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, rentrant chez moi, je découvre sur mon bureau ce bouquin. Je comprends assez rapidement qu’il s’agit d’un envoi. Il est posé sur Orage d’acier qui heureusement est protégé par un film plastifié. Je m’en saisis donc et le pose sur le bureau de Marie qui fait celle qui n’est au courant de rien, mais qui se lève pour le reposer sur mon bureau…en tout et pour tout l’ouvrage fera ainsi quarante-six aller et retour…  « Non chérie, j’ai trop de boulot, je n’ai pas le temps de le lire » - « Moi non plus » - « Pitié ! ». Bon, je cède. Le plus horrible est à venir, car une forme de conscience professionnelle me pousse à en commencer la lecture…

Chère Lap’tite, je comprends que vous établissiez un rapport entre le succès d’un livre et sa qualité, puisque vous ignorez tout des rouages de l’Edition. Dans cette chaîne d’hypocrisies il reste un chaînon auquel se raccrocher, le libraire. Cette petite présence d’entre les rayons s’abîme les doigts à devoir empiler des livres de merde, cette ombre érudite n’attend que ça de pouvoir vous écouter, déceler les contours de vos goûts et placer entre vos mains le petit diamant qui vous surprendra et aiguisera votre jugement. C’est sur RTL que vous avez entendu parler de Lévy ? N’avez-vous pas remarqué que c’est cette même voix féminine qui fait la publicité pour les pilules contre la constipation ou qui vous invite à vous inscrire pour le jeu qui fait gagner des photos dédicacées de Loanna ?

Contrats d’assurances, barres chocolatées, livre de Lévy, repose lunettes, yaourt à la noix, range CD, livre de Musso, chemise anti-tâche, porte-bébé en Kevlar, eau minérale lyophilisée, en vrac dans le bac ! Trois produits achetés un quatrième gratuit !

Car ce Marc Lévy n’écrit pas, il fabrique un produit tel un business man qui calibre une idée pour qu’elle touche le plus de monde possible. Sujet consensuel et gnan-gnan, style inexistant, neutralité absolue ; L’écrivain est celui qui impose sa manière d’appréhender le monde et la vie, il se moque des conventions, ne cherche pas à plaire, tout l’inverse de ce monsieur qui est juste un « écriveur ». Il est à la littérature ce que Bolino est à la gastronomie.

 

Extrait parlant : « Au bout du rouleau et de l'allée des surgelés, il prit son portable, appela Sophie devant les rayons pairs et Yvonne devant les impairs. Finalement, il décida que le mot "côtelettes" griffonné sur sa liste pouvait très bien se lire "poulet", après tout Antoine n'avait qu'à mieux écrire. »

 

« Au bout du rouleau et de l’allée des surgelés », comme c’est convenu, téléphoné, le petit effet que l’on adresse à ceux dont on sait qu’ils sont contents avec pas grand-chose, et tout le reste de la phrase, écrite comme ça. Avec des phrases. Mises bout à bout de choux, puisqu’on se trouve dans un supermarché. Vous avez vu l’effet, fort quand même ? Mais je dois partir, Marie est devant l’évier qui lave les fourchettes. Moi c’est les couteaux. Je n’avais qu’à sévir.

Et puis, « appela Sophie devant les rayons pairs et Yvonne devant les impairs », quelle horrible sonorité, on dirait que c’est écrit à la scie à métaux.

Finalement je décide que « Marc Lévy » peut très bien se lire « cochon », après tout il n’a qu’à bien écrire.

 

Chère Mousse, le film adapté du livre est mauvais. C’est vrai. Personnages inconsistants et fades, successions de clichés et d’images mille fois vues, elle est bien la sœur de son frère la réalisatrice. Moi je l’excuse, que vouliez-vous qu’elle fasse ? Elle partait de loin tout de même…

Mais vous ne gagnerez pas sur ce seul critère. Il aurait fallu au préalable que le roman fut bon…

 

 

 

Par Lucian Durden
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Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /2009 17:37

Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques
1er Livre reçu
Wolf - Jim Harrison. Envoyé par Mme Louise Richez
 

Une chose est certaine, vous n’êtes pas venue pour plaisanter Louise ! Envoyer Wolf quand on vous dit « bons romans qui ont donné des films merdiques », c’est comme arriver dans les locaux du Marcian BC les fesses posées sur un char d’assaut en criant « Alors, c’est qui le patron ? ». Je vois…vous voulez gagner…

 

Wolf. Carnet de route d’un dépossédé de tout, même de lui-même, d’un jeune type ( Swanson ) qui marche à la recherche d’un ailleurs avant qu’il comprenne que l’ailleurs convoité n’est autre que le point de départ, la terre de son enfance, le Michigan. Ce livre est une coulée de mots, pas de structure réelle, pas de colonne vertébrale, un fleuve de temps sur lequel vogue un type en marge mais qui tient néanmoins à nous parler. Swanson nous raconte son errance, son brouillon de vie, son rapport aux autres fragmenté et ça donne un texte qui glisse d’histoires en anecdotes, non sans rappeler, dans le style et dans le fond, des Kerouac et autres Brautigan.

Swanson sur la route rêve de retourner à lui-même, à l’identité qu’il sent courir dans ses veines. il veut voir un loup, veut se voir en réalité, car il est le loup, il en possède les paradoxes ; Solitaire qui a la conscience des autres, marcheur infatigable qui a besoin d’un lieu a lui où poser ses songes. A trop vouloir être ailleurs on ne sait plus quelle place l’on tient dans le monde, dans sa propre vie, c’est le constat que fait Swanson. A trop vouloir emplir l’espace on se vide.

Ce livre est un des meilleurs Harrison, un vrai bon livre, et qui, effectivement Louise, a engendré malgré lui un film merdique qui ne reflète en rien l’idée d’origine. Il ne s’agit pas de l’histoire d’un loup-garou bordel ! Incroyable le nombre de personnes qui ne saisissent pas ce qu’ils lisent ! Mais bref Louise, revenons à vous et à votre envie de gagner sept livres. Nous hésitons, c’est trop évident, la ficelle est une corde : Vous envoyez un vrai très bon livre Louise ! Merde, c’est pénible ces gens qui tuent le suspens, d’autant que nous avions demandé un bon roman, et non un très bon roman – Vous devriez être éliminée ! D’ailleurs vous l’êtes, jusqu’à nouvel ordre.

Asseyez-vous dans un coin, écoutez un peu de musique et arrêtez de regarder vos adversaires en souriant, ce n’est pas beau de faire ça !




Par Lucian Durden
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avec

Marie Durden, Lucian Durden et Damien Trassam.

Vous venez, attrapez un bouquin au passage, écoutez notre musique... et participez si vous le souhaitez.
Régulièrement nous vous invitons à vous réunir autour d'un petit évènement, le Marcian Critical ! Voici de quoi il retourne...
Nous lançons un thème, les lecteurs qui veulent participer nous envoient un livre, celui qu'ils aiment, leur coup de coeur...
Nous passons ensuite les bouquins à la moulinette, dans l'ordre de réception, lors d'une publication conviviale et emplie de mauvaise foi et autre subjectivité ( Mais nous faisons ce que nous voulons ah ah ).
10 livres sont présentés par thème, le livre que nous jugeons le meilleur fait remporter 7 livres à celle ou celui qui l'avait envoyé ( 7 livres à choisir parmi les 10 présentés, ça vaut le coup ça ! ).

EN RESUME

Vous nous envoyez un livre, nous le présentons avec votre nom ou pseudo, puis il est mis en compétition !! Si vous êtes le "coup de coeur du Marcian Bottles Club ", vous choisissez 7 des livres listés et quelques jours plus tard ils arrivent dans votre boîte aux lettres....

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Vous pouvez vous rendre grâce au lien sur la page de Marie pour y découvrir des articles sur des livres à paraître, sur des auteurs ou des évènements culturels...

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Merci à : Jacques T., Sylivie B., François V., Julien B., Victor R., Michèle A., Franck B., Sylvie G., Arnaud T., George E., Daniel S., pour leurs dons.

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