Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /2009 23:16


Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques
5ème livre reçu
American Psycho - Bret Easton Ellis. Envoyé par André Guinet


Richard L. Simon a pleuré dans les bras de son associé Lincoln Schuster. Ce n’est pas un passage du roman, c’est une réalité. Ces deux types avaient filé trois cent mille dollars d’avance à Ellis afin de lui permettre d’écrire en paix son « American Psycho », sauf que lors de la lecture du manuscrit ils ont pris peur et ont signifié à l’auteur qu’il pouvait garder l’argent et disparaître pour toujours. C’est Knopf qui le publia. Quatre cent mille exemplaires vendus dés la sortie, plus d’un million aujourd’hui…Depuis, chaque jeudi matin Simon et Schuster, en signe de contrition, s’obligent à lire du Musso traduit en américain par Anne Sinclair.

Mais peu importe, pardonnez mon goût pour l’anecdote, pour le détail « Dibble porte un costume croisé Canali Milano en laine subtilement rayé, une chemise de coton Bill Blass Signature. Il tient sur son bras un imperméable Missoni Uomo… », il faut dire que, comme le rappelait Balzac dans La recherche de l’Absolu, « La plupart des observateurs peuvent reconstruire les nations et les individus dans toute la vérité de leurs habitudes… ». Patrick Batman, le personnage principal de ce roman, et bien, il tue, c’est une habitude. On ne va pas lui en vouloir, qui n’en a pas ? Ah oui, je sais, c’est mal de tuer ; Mettre son doigt dans son nez ça l’est aussi André et je sais que vous le faites, je le sais, et puis je n’ai pas aimé la façon arrogante avec laquelle vous avez écrit « psychopathe » dans votre lettre. Faut faire gaffe, on ne sait jamais, qui vous dit que je suis parfaitement sain d’esprit ? J’arrête, je plaisante, c’était pour vous faire peur. N’empêche que la prochaine fois je songerai sérieusement à entrer par effraction dans votre nuit tandis que vos ronflement termineront de faire trembler la tapisserie de chez Castorama qui recouvre de bleu vos murs en placoplâtre. Je passe quelques détails, toujours est-il que j’entaillerai au bistouri votre peau jusqu’aux corpuscules de Pacini, voire même jusqu’à votre épiderme, ou peut-être que j’opterai pour l’enfoncement d’une aiguille dans votre conduit auditif jusqu’à votre nerf cochléaire, je ne sais encore…

Mais revenons à votre envoi. Ce roman.

La lecture en devient intéressante dés lors que l’on comprend qu’il s’agit d’une comédie. Il possède d’ailleurs quelques ingrédients qui font les bonnes comédie comme l’humour : « …dehors, sans plus prêter attention au clochard étendu sous une affiche pour les Misérables, avec à la main une pancarte sur laquelle est écrit J’AI PERDU MON EMPLOI J’AI FAIM JE SUIS SANS RESSOURCES AIDEZ-MOI SVP, et dont les yeux s’emplissent de larmes après que je lui ai fait le coup du dollar-qui-te-passe-sous-le-nez…», ( ah ah, c’est drôle ça, non ? ), et comme la faculté de dresser les portraits de nos images collectives. American Psycho c’est l’idée caricaturale que nous nous faisons des golden-boys ( moins en ce moment je dois dire ), de la vie à New-York, des cocaïnomanes, des blondes débiles, des psychopathes et de leurs crimes…il s’agit d’un roman sur la distanciation. Ellis décrit une tension compensatrice propre à laisser l’individu s’échapper de la superstructure dans laquelle il se débat ( en l’occurrence un groupe social, mais ça peut être la famille, une association, la société, le pays…). C’est la comédie et son rire compensatoire après qu’un type ait glissé sur une peau de banane alors qu’il courait bras ouverts en direction de sa dulcinée. American Psycho fait mourir de rire jaune.
Ellis met en scène l'imaginaire d'une époque qui a besoin de fiction. American Psycho nous montre comment, alors qu'elle prolifère au dehors ( télévision, cinéma...), la littérature se cherche au-dedans. Ce roman n'est pas sans rappeler le travail de Robbe-Grillet qui affirmait que, " Puisque la société nous impose toutes ces images, libre au créateur de les organiser comme bon lui semble ", et concernant la violence il disait " Ces images de viols, de supplices, de sang répandu, notre société les a dans la tête : ce que je fais, c'est les renvoyer, au grand jour, à leur platitude d'images de mode."

Parce que l’écriture est cinématographique certains ont pensé qu’ils pourraient en faire un film, et bêtement ils en sont restés à un traitement formel, à une association page-image. Ils auraient dû, pour que ce soit bon, faire du film une œuvre littéraire et non littérale. Pour le coup, ils ont cruellement manqué de distance. Adaptation merdique. Il y a des chances pour que vous gagniez André. Bon roman qui a donné un film merdique, trés bien, le thème André. ( Et non : Je t'aime André ). 

Par Lucian Durden
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Marie vous propose

  • je suis trés à cheval sur les principes. Sedaris
  • L'histoire d'un mariage ; Andrew Sean Greer
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus