Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques
Les heures - Michael
Cunningham. Envoyé par Julie Lobry
Sujet intéressant. Oui, c’est intéressant. Récurrent en littérature, et pour cause, il s’agit tout de même du questionnement de l’être au regard de la vie et de la mort, de sa présence dans l’un ou l’autre de ces deux mondes qu’il renferme, l’Eros d’un côté – pulsion de vie – et le Thanatos de l’autre – pulsion de mort. C’est toujours intéressant. Ca m’a d’ailleurs rappelé ce passage de Lazare, lorsque Malraux écrit : « On a proclamé : l’homme, ce sont ses fantasmes, ses pulsions, ses désirs cachés. J’ai envie d’écrire : c’est ce qui se construit sur cette conscience véhémente d’exister, seulement d’exister ».
Mais Les heures ce n’est pas que ça, on y parle également de la place de la femme dans un monde d’influence masculine, ça aussi c’est intéressant.
Evoquons l’histoire pour plus de clarté : Trois destins croisés de femmes. Virginia Woolf et son Mrs Dalloway, fil conducteur, d’Ariane pourrait-on dire. Laura Brown qui lit ce livre vingt années après sa parution et qui pense alors à bouleverser le cours de sa vie, et puis Clarrissa Vaughn, une Mrs Dalloway au présent. Trois époques et trois vies qui vont se rejoindre ( je serai un salaud d’expliquer comment ).
Il est des livres qui nous passent dans les mains et dont, immanquablement, on ne peut dire qu’ils sont mauvais. Celui-ci en est un. Ce roman est très bien écrit, très bien construit, ça tombe au cordeau, impeccable ! Tellement bien qu’on se croit au milieu d’un cours de littérature d’année de maîtrise.
Mais quel roman liquide ! Tant qu’après trois pages je me suis mis à le lire au-dessus d’une bassine au cas où une fuite surviendrait. Rien que dans les trente premières pages on retrouve les mots : Rivière ( 8 fois ), Eau ( 12 fois ), sans compter les autres : flaque, pluie, rive, berge, vague, pont…
Pourquoi est-ce que j’insiste à ce point sur ce qui ne représente à priori que trente pages ? Parce que ça donne une très bonne indication du ton du roman. C’est dégoulinant.
Dégoulinant de bons sentiments. Même ce qui est sensé n’être pas « joli » est dégoulinant. Notre amie Virginia est victime de migraines, l’auteur tente de nous expliquer à quel point c’est douloureux et terrible, voici : « Parfois, la migraine ne s’empare d’elle que momentanément, pour un soir, ou un jour ou deux, puis se retire. Parfois, elle persiste et s’intensifie jusqu’à ce que Virginia s’écroule. Dans ces moments-là, la migraine sort de son crâne et pénètre le monde autour d’elle. Tout est flamme et pulsions. Tout est empoisonné d’une clarté aveuglante, lancinante, et elle appelle la nuit de ses vœux comme un voyageur perdu dans le désert implore le ciel pour trouver de l’eau ». Je n’ai jamais lu pareille description de la douleur, on a mal pour elle ! Elle semble souffrir Virginia. Gouzi-gouzi, je vais faire dans le style : Elle est devant l’évier, la main sectionnée, et observe son reflet dans la vitre tournée sur l’hiver, elle a mal et songe que le dîner n’est pas encore prêt et qu’avec une seule main il ne sera pas facile de rattraper le temps perdu…
( Oui, j’ai noté la dimension érotique de ce passage avec la migraine, pas besoin de crier : ah ah, il a même pas vu que…). Pas mal celle-ci non ? Pas vu que.
Passons.
Qu’elle est donc cette vision cul-cul la Praline de la femme ? Que croit-il l’auteur, que c’est de l’eau de rose qui coule dans les veines des femmes ?
Plus je lisais et plus j’imaginais ce Cunningham en bon copain des filles, le type qui leur dit « tu peux te confier à moi tu sais, je te comprends moi ! », la bonne épaule prête à recevoir les épanchements de ces êtres qu’il entrevoit fragiles et délicats.
M’apercevant que je passais complètement à côté du livre à cause de tout ce cortège de « très gentilles » images : « …une branche frappant doucement contre une fenêtre tandis que s’élevait le son des trompettes ; comme si l’arbre, agité par le vent, avait d’une certaine manière provoqué la musique » - comme c’est mignon - je l’ai refilé à Marie qui a eu exactement le même ressentiment, mais c’est normal, elle sait très bien qui est le patron à la maison, elle n’aurait pas pris le risque de contrarier le mâle, vous savez celui qui ne sait pas écouter les femmes, qui ne peut être leur ami…ah ce Cunningham !
C’est à n’en pas douter un très bon et beau roman, mais qui à mon sens, ne peut-être qu’adoré ou ( presque ) détesté. Car c’est un livre sensible, qui vibre de sentiments. On est happé ou non, touché ou non.
Vous restez dans la course Julie, c’est évident, car même si ce roman m’a hérissé le poil, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une œuvre littéraire de grande qualité. ( Ceci dit, à moins que vous ne me fassiez parvenir une caisse de bon whisky, la victoire sera difficile à décrocher ).
Reste l’adaptation cinématographique. Bonne dose d’hypersensibilité, comment pouvait-il en être autrement ?
Parce que mon jugement était faussé je me suis retourné sur quelques personnes de mon entourage pour leur demander leur avis. Presque sans surprise je me suis retrouvé confronté à deux sentiments opposés : Il y a ceux qui m’ont dit qu’il s’agissait d’une adaptation merdique, et ceux qui sont allés jusqu’à me dire que le film était meilleur que le livre. Le film comme le livre n’inspirent pas le compromis.
Bon roman qui a donné un film merdique, ou vice-versa…
| Mars 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||