Mercredi 5 août 2009 3 05 /08 /2009 16:41

Thème : Bons romans qui ont donné des films merdiques
Villa Amalia - Pascal Quignard. Envoyé par Francine





( Enregistrement sonore de ma lecture...)


Le travail du rythme. J’ai pensé à Paul Morand qui possédait le don du dépassement, de l’accélération soudaine, de l’arrêt accompagné d’un dérapage, grand consommateur d’ellipses il mettait de la musique dans ses textes. Quignard est musicien, ceci explique sans doute cela, sauf que dans Villa Amalia c’est pénible.

Les dialogues semblent être des pastiches de « La Guerre Des Etoiles » : Bonjour. – Bonjour. – De l’eau ? – Non. – Rien ? – Si. – Quoi ? – Thé. – D’accord.

Je croyais que l’action se déroulait dans un centre de soin pour personnes atteintes d’autisme, ce qui modifia considérablement ma compréhension de l’histoire. Vous allez me dire, « mais c’est normal, il exprime la tension qui règne ». C’est la différence qu’il y a entre regarder une maison ou les plans d’architecte de ladite maison, comment voir les aspérités sur le mur en façade, la fissure prés de la fenêtre sur les plans ?

C’est ce que je reproche au roman. En nous montrant les rouages Quignard déshumanise les personnages et le texte dans son ensemble. Sans compter qu’il y en a assez de ces romans qui ressemblent à des commandes d’éditeurs : « Dis Pascal, tu peux nous sortir un bon roman d’été bien prout-prout, genre histoire d’amour pas gentille, avec questionnement existentiel et tout et tout, et puis avec un joli petit décor ? ».

Mais j’apprécie certaines subtilités, dans des moments « trop écrits » comme :

« Elle s’approcha de la lampe de chevet. Elle dit :

-         D’ailleurs il faut que j’aille la voir dimanche en huit.

Ann, poussant un soupir, ajouta dans le dessein de se justifier… ».

Ou encore : « Quand le désir des larmes s’arrêta, alors sa souffrance devint intense. »

Et puis des clichés, celui-ci par exemple, « C’est le cœur de la nuit. » 

Des scènes ridicules : « Brusquement il allume. Il se tient en pyjama, dans l’entrée…- Bla bla bla, dialogue, puis vingt-deux lignes plus loin - …Il se tient dans l’encadrement de la porte, tourné vers elle, en pyjama, les cheveux en désordre, la bouche grande ouverte. »

L’auteur nous rappelle que le type porte toujours son pyjama, au cas où dans l’intervalle des vingt-deux lignes il se serait volatilisé.

L’histoire ? Non, je ne vais pas vous la raconter, il s’agit d’un terrible drame psychologique, un questionnement tout à fait inédit en littérature, des personnages que vous n’êtes pas prêt d’oublier, et un décor ! Je ne vous en dis pas plus. Si, allez ! Sachez que le pyjama est récurrent, c’est un livre pyjama pour les soirées pyjama.

Et puis surtout, et là pour le coup je suis agacé :
« Elle prend le bateau. Elle se tient assise sur le banc de bois sur le pont.

Elle passe devant Sancio Cattolina, l’Averne, le Pausilippe, la via Partenope.

Elle passe devant les villas sur la mer allumées dans la nuit.

Elle est assise dans la petite église bretonne. Elle se met à genoux sur le prie-Dieu extraordinairement dur. Il est en bois plein.

Elle pose les mains sur ses poignets.

Puis elle posa sa tête sur ses mains.

Elle songe.

Elle songea.

Elle… »

Cette figure de style est nommée "anaphore". Un classique.
Quignard me fait penser à un élève de première année de licence de Lettres qui croit que la figure de style, c'est le style, et qui fait donc ce que l'on appelle des "copier-coller" maladroits. Il fait l'usage d'un "classique" et ça nous en dit beaucoup car étymologiquement "classique" veut dire : Qui appartient au haut du panier social, au gratin, à la part riche et puissante de la société. En nous servant cette anaphore dans un texte où elle ne trouve pas sa place, Quignard assassine la Littérature, il la fait passer pour pédante et arrogante. Il lance de la bouffe à des lecteurs qu'il prend pour des cochons, alors que l'écrivain doit considérer le lecteur comme le "porteur d'une part de sa propre vie".
Le talent consiste à ne pas en faire la démonstration, écrire c'est révéler un "moment" dans l'acception de Virginia Woolf, c'est surtout ne pas se moquer du lecteur.

Petits amusements littéraires à l’intention de qui ? Certainement pas des lecteurs. Ca, vous savez ce que c’est ? Rien d’autre que ce qui est nommé avec trivialité mais bon sens : Une petite branlette intellectuelle.

 

Le film ?

Il respecte le thème.

Vous ne l'oublierez jamais ! Les acteurs non plus ! Et les décors...les décors !
Par Lucian Durden
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Commentaires

La frontière est parfois très mince entre littérature et onanisme...
Commentaire n°1 posté par Damien le 06/08/2009 à 20h36
J'entre. Je lis rapidement l'article sur Amalia. C'est convainquant. Je ne lirai pas le livre. Et n'irai pas voir le film non plus.

Je jette un coup d'oeil sur le principe du Club. Puis deux. Et puis comme je peine à comprendre (mais je suis un peu lent), j'arrête de donner des coups avec mon oeil, qui d'ailleurs fatigue un tantinet. Maintenant, je caresse lentement les mots, pour les rendre plus clairs. ça marche. Un peu. Je crois avoir compris globalement le principe. En gros vous bossez et nous gagnons. Peut être. Si nos coups de coeur sont aussi les vôtres.
Une seule question. Prenez-vous également en compte les coups de gueule. Je veux dire que certaines lectures sont à même de générer des réactions de rejet, de dégoût ou d'énervement dont l'intensité peut être largement comparée à celle produite par un coup de coeur. Ma première expérience de ce genre de réaction remonte à mon adolescence (un torchon de Paul Guth qui fît un vol plané par la fenêtre). Mais j'ai eu récemment, pour des raisons différentes, une expérience similaire avec le bouquin de Fiorentino (Un trader ne meurt jamais). Lui n'a pas fini par la fenêtre (je me suis assagi), en revanche, j'ai vaguement eu le sentiment d'un méga foutage de gueule. Bref. Excluez-vous ces livres-là ?
Commentaire n°2 posté par Lislandais le 09/08/2009 à 11h08

Merveilleux commentaire que celui-ci ! Cette intéraction me passionne - Les coups de coeur des uns peuvent être les coups de gueule des autres ( la preuve en est l'article sur Villa Amalia par exemple ) et vice versa. Et c'est cela qui rend la Littérature intéressante, c'est cette Littérature que nous cherchons au MBC, une captation libre et vivante de l'oeuvre, hors des référentiels qui sont imposés par l'Edition, les médias, un faux gratin de pseudo-intellectuels...
C'est une excellente idée que la votre : Les coups de gueule comme thème futur, nous prenons !
Et aussi, pour aller plus loin, nous publions ici tous les commentaires, sans aucune censure. L'intéraction doit être totale. Si quelqu'un fait de l'un des chroniqueurs du MBC le sujet de son coup de gueule, qu'il en soit ainsi ! La pensée doit suivre son chemin, nous pouvons choisir de l'accompagner, ou de nous en éloigner, mais en aucun cas de lui barrer la route.
Heureux de vous savoir dans les parages Mr Lislandais.
Lucian

Réponse de Lucian Durden le 09/08/2009 à 13h34
Enfin, dans les parages du cercle polaire arctique !
Une proximité toute relative donc.
A bientôt tout de même
Commentaire n°3 posté par Lislandais le 09/08/2009 à 13h56

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