Thème : Bons romans qui
ont donné des films merdiques
Villa Amalia - Pascal Quignard. Envoyé par Francine
Le travail du rythme. J’ai pensé à Paul Morand qui possédait le don du dépassement, de l’accélération soudaine, de l’arrêt accompagné d’un dérapage, grand consommateur d’ellipses il mettait de la musique dans ses textes. Quignard est musicien, ceci explique sans doute cela, sauf que dans Villa Amalia c’est pénible.
Les dialogues semblent être des pastiches de « La Guerre Des Etoiles » : Bonjour. – Bonjour. – De l’eau ? – Non. – Rien ? – Si. – Quoi ? – Thé. – D’accord.
Je croyais que l’action se déroulait dans un centre de soin pour personnes atteintes d’autisme, ce qui modifia considérablement ma compréhension de l’histoire. Vous allez me dire, « mais c’est normal, il exprime la tension qui règne ». C’est la différence qu’il y a entre regarder une maison ou les plans d’architecte de ladite maison, comment voir les aspérités sur le mur en façade, la fissure prés de la fenêtre sur les plans ?
C’est ce que je reproche au roman. En nous montrant les rouages Quignard déshumanise les personnages et le texte dans son ensemble. Sans compter qu’il y en a assez de ces romans qui ressemblent à des commandes d’éditeurs : « Dis Pascal, tu peux nous sortir un bon roman d’été bien prout-prout, genre histoire d’amour pas gentille, avec questionnement existentiel et tout et tout, et puis avec un joli petit décor ? ».
Mais j’apprécie certaines subtilités, dans des moments « trop écrits » comme :
« Elle s’approcha de la lampe de chevet. Elle dit :
- D’ailleurs il faut que j’aille la voir dimanche en huit.
Ann, poussant un soupir, ajouta dans le dessein de se
justifier… ».
Ou encore : « Quand le désir des larmes s’arrêta, alors sa souffrance devint
intense. »
Et puis des clichés, celui-ci par exemple, « C’est le cœur de la
nuit. »
Des scènes ridicules : « Brusquement il allume. Il se tient en pyjama, dans l’entrée…- Bla bla bla, dialogue, puis vingt-deux lignes plus loin - …Il se tient dans l’encadrement de la porte, tourné vers elle, en pyjama, les cheveux en désordre, la bouche grande ouverte. »
L’auteur nous rappelle que le type porte toujours son pyjama, au cas où dans
l’intervalle des vingt-deux lignes il se serait volatilisé.
L’histoire ? Non, je ne vais pas vous la raconter, il s’agit d’un terrible drame
psychologique, un questionnement tout à fait inédit en littérature, des personnages que vous n’êtes pas prêt d’oublier, et un décor ! Je ne vous en dis pas plus. Si, allez ! Sachez que
le pyjama est récurrent, c’est un livre pyjama pour les soirées pyjama.
Et puis surtout, et là pour le coup je suis agacé :
« Elle prend le bateau. Elle se tient assise sur le banc de bois sur le pont.
Elle passe devant Sancio Cattolina, l’Averne, le Pausilippe, la via Partenope.
Elle passe devant les villas sur la mer allumées dans la nuit.
Elle est assise dans la petite église bretonne. Elle se met à genoux sur le prie-Dieu extraordinairement dur. Il est en bois plein.
Elle pose les mains sur ses poignets.
Puis elle posa sa tête sur ses mains.
Elle songe.
Elle songea.
Elle… »
Cette figure de style est nommée "anaphore". Un classique.
Quignard me fait penser à un élève de première année de licence de Lettres qui croit que la figure de style, c'est le style, et qui fait donc ce que l'on appelle des "copier-coller" maladroits.
Il fait l'usage d'un "classique" et ça nous en dit beaucoup car étymologiquement "classique" veut dire : Qui appartient au haut du panier social, au gratin, à la part riche et puissante de la
société. En nous servant cette anaphore dans un texte où elle ne trouve pas sa place, Quignard assassine la Littérature, il la fait passer pour pédante et arrogante. Il lance de la bouffe à
des lecteurs qu'il prend pour des cochons, alors que l'écrivain doit considérer le lecteur comme le "porteur d'une part de sa propre vie".
Le talent consiste à ne pas en faire la démonstration, écrire c'est révéler un "moment" dans l'acception de Virginia Woolf, c'est surtout ne pas se moquer du lecteur.
Petits amusements littéraires à l’intention de qui ? Certainement pas des lecteurs. Ca, vous savez ce que c’est ? Rien d’autre que ce qui est nommé avec trivialité mais bon sens : Une petite branlette intellectuelle.
Le film ?
Il respecte le thème.
Vous ne l'oublierez jamais ! Les acteurs non plus ! Et les décors...les décors !| Mars 2010 | ||||||||||
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